Do Mauritian Creole Lives Matter?

Le 25 mai dernier, George Floyd, un homme noir âgé de 46 ans est décédé après avoir été maintenu brutalement au sol par le cou, pendant 9 minutes, par un policier blanc durant une arrestation. Sur les enregistrements vidéo, l’on peut entendre Floyd répéter d’une voix suppliante « I can’t breathe » avant de perdre conscience.

Cette scène choquante n’a pas tardé à faire le tour du monde, ravivant le mouvement #BlackLivesMatter et causant manifestations et émeutes à travers le globe ; la mort de Floyd était la goutte de trop dans un pays où les tensions sociales entre la majorité et les minorités ethniques sont constamment exacerbées par ce type de cas.

Source: Le Mauricien

Le même jour, un ordre d’évacuation de squatteurs occupant des terres de l’Etat mauricien à Pointe-aux-sables prenait effet alors qu’un couvre-feu sanitaire était toujours en vigueur dans tout le pays, provoquant un sentiment de révolte chez nombre de facebookeurs.

Les photos partagées des squatteurs par la presse locale ont toutes une singularité ; elles ne représentent visiblement que des personnes afro-descendantes, dites « créoles » à Maurice, vivant dans des situations précaires.

Depuis, les autorités mauriciennes ont mené d’autres campagnes de délogement à Cité Tôle et à Riambel notamment, déclenchant un hideux blame game sur les réseaux sociaux où fusent les invectives à l’égard des « créoles » que l’on accuse d’être « paresseux », « fêtards », « irresponsables » ; pis, comme n’étant ni plus ni moins que de fervents adeptes de drogues et de prostitution.

Comment s’expliquer que certains mauriciens soient sensibles au #BlackLivesMatter sans être capable de reconnaitre les injustices qui ont lieu sous leurs yeux ?

Source: Forbes

« It is sad to say but poverty is a choice », affirment certains de nos compatriotes. Qu’on ne s’y méprenne, ces mécanismes de pensées, bien que paradoxaux, n’ont rien d’étonnant car ce type de réflexions se base souvent sur un manque de connaissance de l’Histoire sociale et politique de Maurice et sur des préjugés infondés, transmis d’une génération à une autre. Dans bien des cas, ils prennent naissance dans une incapacité de l’observateur à contextualiser et à comprendre des réalités différentes de la sienne.

Sommes-nous aveuglés par l’American Dream, cette idée ultra-libérale et lointaine des réalités de l’île Maurice post-coloniale, qui veut que tout individu, quel qu’il soit, est capable de réussite s’il s’en donne les moyens ? Et ce, peu importe qu’il naisse, cuillère en argent à la bouche ou le ventre creux sous une feuille de tôle ?

Introspection : Quel regard pose-t-on sur l’autre ?

Qu’importe nos origines, que réveille en nous le fait de savoir qu’une personne est issue de Barkly, de Roche-Bois ou de Rivière-Noire, des quartiers à forte majorité afro-descendante considérés comme défavorisés ? Comment la regarde-t-on et la traite-t-on ? Réagissons-nous différemment à certaines caractéristiques physiques telles qu’un type de cheveux, de morphologie et de couleur de peau ?

Peut-on supposer que si des personnalités telles que l’ancien Ministre des Terres et du Logement Showkutally Soodun ou encore le pseudo-intellectuel Belal Maudarbux peuvent librement émettre des propos discriminatoires à l’égard des mauriciens afro-descendants sans être condamnés, de nombreux autres mauriciens abondent sans doute dans leur sens ?

Les gouvernements défilent et se ressemblent mais le problème des squatteurs perdure…

Source: R1

L’anthropologue et artiste Daniella Bastien le rappelait légitimement dans une de ses publications, il a quelques jours ; Que font nos Ministres ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu le Ministre de l’Egalité des Genres, celui de l’Intégration Sociale, le Ministre de la Santé ou encore le Ministre de l’Education se prononcer sur les conditions de vie des squatteurs qui violent la dignité humaine ? Que proposent-ils comme solution concrète pour régler une fois pour toute ce problème de société ? L’opposition faillit-elle à son devoir; que dire également de toutes les oppositions qui ont précédé ?

Dans une récente conférence de presse, l’actuel Ministre des Terres et du Logement, Steeve Obeegadoo, soulignait que le nombre de squatteurs recensés au début du confinement avait considérablement augmenté en seulement quelques jours. A quoi attribue-t-on ce fait ? S’agit-il ici de profiteurs ou de personnes, frappées par l’arrêt économique généralisé lié au couvre-feu sanitaire et s’étant retrouvées dans l’incapacité de payer un loyer, par exemple ?

Les principes fondamentaux de l’Etat-providence sont-ils bafoués à Maurice ?

Un article daté du 3 juin paru dans Le Mauricien révèle que plusieurs logements de la NHDC, situés à Trou-aux-Biches, seraient inoccupés et appartiendraient à des mineurs alors que ces complexes seraient « destinés aux familles à faibles revenus ». Ailleurs dans le pays, l’on peut constater que plusieurs logements de ce type sont actuellement inoccupés même si leur construction a été complétée depuis des mois, voire des années. Ne sommes-nous pas en droit de nous demander pourquoi ? Qu’attend-on pour les livrer à ceux qui en ont le plus besoin?

S’il est vrai qu’il existe des personnes de tous les horizons en situation de pauvretéà Maurice, le rapport de la Commission Justice et Vérité mettait en exergue une réalité il y a quelques années ; la majorité des personnes dites pauvres à Maurice sont d’origine afro-descendante. De nombreuses recommandations ont été faites pour rétablir une égalité et une forme de justice – Ont-elles fini dans les vieux tiroirs de nos dirigeants ?

Source: http://www.webdo.tn/2019/11/19/tunisie-letat-providence-dans-toute-son-insignifiance/

D’autre part, l’observateur Sedley Assonne soulevait récemment de pertinentes questions en rappelant que l’Etat, en plusieurs occasions, avait « offert » des centaines d’arpents de terre à des coopératives. Peut-on donc supposer qu’un Etat capable d’investir par milliards dans les secteurs de la technologie, de l’investissement, du Transport et de la promotion agricole, détient les ressources nécessaires pour garantir un logement décent à tout mauricien ?

Pour ceux qui l’ignorent, Maurice est un « welfare state », aussi appelé Etat-Providence, un système politique qui se veut promoteur d’égalité des chances pour tous ses citoyens…

Demain, le Budget 2020-2021 sera dévoilé ; Osons espérer que toutes ces questions que l’on devrait tous se poser ne seront pas englouties par nos préoccupations lorsqu’on nous aura annoncé l’augmentation du prix des cigarettes.  

Disclaimer : Cette publication a pour objectif de décortiquer les nombreux avis divergents exprimés sur les réseaux sociaux par beaucoup de mauriciens liés, entre autres, :

  • Aux récentes campagnes de délogement de squatteurs par l’Etat mauricien,
  • Aux dénonciations d’injustice, de racisme et de discrimination qui ont suivi localement,
  • Aux propos discriminatoires qui pleuvent sur les réseaux à l’égard des mauriciens afro-descendants
  • Aux réactions des Mauriciens au phénomène #BlackLivesMatter et aux actuelles manifestations aux Etats-Unis suivant la brutale arrestation de George Floyd ayant menée à sa mort.

Ces propos ont pour but ultime non pas de polémiquer, mais bien de soulever des questions jugées par l’auteure comme légitimes. Les lecteurs sont invités à y répondre ou, à leur tour, à en proposer d’autres.  Afin de garantir un débat constructif, merci de garder à l’esprit que chacun est seul responsable de ses interprétations et de ses propos.  


2 thoughts on “Do Mauritian Creole Lives Matter?

  1. Merci pour ces questions. Personnellement, j’ai toujours eu un peu de difficulté avec les squatteurs. D’une part, je conçois et comprends que personne ne devrait avoir à vivre dans de telles conditions et que pour la majorité des squatteurs il s’agit là du dernier recours. Cela étant dit, il est également vrai que certains y ont également vu un moyen de s’enrichir facilement, dans certains cas en mettant en location des maisons construites sur des terrains inoccupés appartement à l’état ou à des particuliers. De mon point de vue, l’erreur de l’état, et de bien pensants dont j’ai fait partie, est de considérer tout les squatteurs de la même manière. Je ne parle pas là d’ethnicité, mais de conditions de vie. Ce qu’il manque, c’est le recul pour analyser leur situation, et déterminer la meilleure approche. Une approche adaptée, et non pas “one size fits all”. Dans certains cas, la démolition est sans doute la solution, mais personne ne mérite d’être jeté à la rue. Le rôle d’organismes tels que le NEF est également primordial pour trouver des solutions humaines et opportunes. Il n’y a pas de solution miracle, cela prendra du temps, mais il faut commencer quelque part. En tant que citoyen, nous devons être solidaires. Non, nous n’avons pas forcément toutes les informations sur chacun des individus qui s’est récemment retrouver à la rue. Ce qui est certain, c’est qu’ils ont tous besoin de notre humanisme, pas notre jugement.

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