[Notre Dame de Paris] Réactions : Pourquoi nous avons tous tort…

Lundi 15 avril. Il doit être 18h. La nouvelle se répand comme une trainée de poudre : La cathédrale Notre Dame de Paris, véritable symbole du patrimoine historique français, est la proie des flammes. L’incendie ravageur sera maîtrisé quelques heures plus tard mais le mal est fait, et les Français touchés en plein cœur. Comme à chaque évènement d’ampleur, les réseaux sociaux se transforment en champs de bataille où des milliers de gens expriment leurs sentiments que d’autres jugent incohérents, irrationnels… illégitimes. Les 700 millions d’euros de dons récoltés pour la reconstruction de la cathédrale n’aideront pas à apaiser les esprits. Dans ce capharnaüm d’opinions, voici pourquoi nous avons tous tort quelque part…

« Tu ne jugeras point… »

Combien se sont dit effondrés suite aux attentats de Charlie Hebdo alors qu’au même moment, ailleurs dans le monde, les chars de guerre asseyaient leur pouvoir sur des peuples opprimés ? Combien se disent défenseurs des droits des animaux mais se fichent de savoir qu’il existe encore des SDF dans leur quartier ? Combien soutiennent des causes écologiques sans pour autant se soucier d’autres problèmes sociétaux ? Les réponses importent peu à ce stade mais nous renvoient à un principe intéressant : la loi de proximité. Cela veut tout simplement dire que votre sensibilité varie en fonction de là où vous habitez, de votre vécu, de l’ère à laquelle vous vivez ou de vos conditions de vie, par exemple. Concrètement, vous serez forcément plus sensible à un accident survenu dans votre localité qu’ailleurs.

Dans le cas de l’incendie qui a touché la cathédrale parisienne, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce que nous considérons comme un « tas de pierre » représente pour tout un peuple, un pan de leur Histoire et de leur identité. Réduire ce lieu de culte à « un simple bâtiment » s’apparenterait donc à un manque de considération pour autrui, tout comme insinuer qu’un arbre centenaire, on pourra en faire pousser d’autres. C’est un fait ; la douleur des autres nous semble parfois complètement illogique puisque nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes choses, aux mêmes causes. Mais cela nous donne-t-il vraiment le droit de trancher sur la légitimité des sentiments des autres ? Existe-t-il une hiérarchie des causes et en sommes-nous les seuls juges ?

« Balye devan ou laport avan »

Geste purement diplomatique ou sincère sympathie ? Les raisons ne manquent pas pour expliquer la lettre envoyée par notre Premier Ministre au Chef d’Etat français pour lui exprimer sa tristesse après l’incendie. Mais s’il fallait ajuster la parole aux actions, cette lettre serait le symbole même de l’incohérence. En effet, cet évènement, bien que malheureux, nous invite à évaluer l’état de nos maisons, de notre patrimoine, de notre culture. Pourquoi ne parle-t-on pas de la toiture de l’hôtel de ville de Curepipe qui tombe en lambeaux ? Nos enfants découvriront-ils un jour le théâtre de Port-Louis ? Que faisons-nous vraiment pour promouvoir le savoir ancien de nos aînés, les traditions d’antan à Maurice ? Ailleurs, d’autres pleurent la perte de leur cathédrale happée par un feu impitoyable, de leur patrimoine. Le nôtre est-il condamné à une mort lente, bercé par l’inaction de nos dirigeants et par l’hypocrisie de notre silence ?

« Charité bien ordonnée commence par soi-même »

En une soirée, des promesses de dons s’élevant à plus de 700 millions d’euros ont été faites à la France pour assurer la reconstruction de la demeure du célèbre Quasimodo. Une somme jugée « indécente » par ceux qui considèrent que cet argent aurait pu servir à soutenir d’autres causes bien plus louables et urgentes. Les critiques pleuvent contre les généreux donateurs. Pour sa part, le gouvernement français se retrouve dans une position assez délicate étant donné son manque de dialogue et d’écoute à l’égard des gilets jaunes et des classes populaires qui manifestent pour de meilleures conditions de vie depuis maintenant plusieurs mois.

Toutefois, il est primordial de remettre les choses en perspective. Il n’est pas rare que des sommes mirobolantes soient reversées à des œuvres caritatives. Selon Philanthropy 50, les 50 plus riches donateurs des Etats-Unis ont réuni à eux seuls près de 14.7 milliards de dollars en 2017 alors que le total des donations des citoyens américains s’élevait à plus de 410 milliards de dollars en 2018. Ce que cela indique, c’est que nous avons deux choix : critiquer et nous attarder sur la façon dont les riches distribuent leur argent ou nous organiser pour réunir les fonds nécessaires pour soutenir les causes que nous considérons nobles et justes.

Aujourd’hui, ce choix nous appartient. Et cette responsabilité nous incombe.


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