Les jeux sont faits

Les jeux sont faits : les Américains ont voté. Malgré toutes les controverses qui entourent ces élections et qui ont tenu le monde en haleine, celui qui semble refléter le plus la pensée et le sentiment actuel de la population états-unienne occupera le poste de Président pendant les quatre années à venir.

De l’autre côté du globe, le sentiment de déception, de révolte et de dégout chez les Mauriciens se fait sentir sur les réseaux sociaux, surtout parmi les jeunes. Depuis l’annonce de la victoire de Trump, les publications, les statuts, les photos pleuvent sur Facebook. Et laissent beaucoup, comme moi, un peu bouche bée…

Nous avons acquis notre « Indépendance » depuis maintenant près de cinquante ans. Cinq décennies qui ont vu défiler Ramgoolam, Jugnauth, Duval et Bérenger, pères et fils. Cinq décennies qui ont vu notre pays se relever tout doucement mais durant lesquelles rien n’a vraiment changé.

Ceux pour qui votaient nos grands-parents sont les mêmes pour qui ma génération vote aujourd’hui. Les slogans que scandaient les politiciens à l’époque de ma mère et de mon père sont les mêmes que j’entends encore aujourd’hui. Les « promesses » ou plutôt les mensonges faites à mes oncles et mes tantes – je vous laisse le soin de faire la différence s’il y en a une – sont dans le fond les mêmes que répètent encore et encore les dirigeants mauriciens du 21ème siècle…

D’où mon étonnement devant cette jeunesse qui crie au scandale car elle juge incompétent, sexiste, xénophobe et communautariste un élu qui se trouve à… des milliers de kilomètres de leur pays alors qu’il y a à l’île Maurice suffisamment de personnages dans la sphère politique qui détiennent ces mêmes « qualités ».

Pourtant, à nos dernières élections, bon nombre de mouvements politiques « alternatifs » se sont portés candidats avec des projets différents, des idées innovatrices et une perspective autre que celles proposées depuis un demi-siècle par nos actuels dirigeants. Ajoutons à cela de diverses plateformes qui donnent aux jeunes la chance de s’exprimer et de s’engager comme le LEO Club ou les sessions de débat organisées par CARES.

Prenons aussi en considération les réseaux sociaux qui permettent aux jeunes de prendre la plume et de réagir, non pas à travers d’éloquents discours et analyses politiques pompeuses et complexes, mais à travers un simple « Non. Je ne suis pas d’accord. Ça ne me semble pas juste. Je suggère que… je propose que… ». Tant d’opportunités pour nous qui détenons de beaux diplômes de faire plus que voter : s’engager, s’éduquer, réagir et intervenir.

Malheureusement, depuis les dernières élections, je n’ai vu que très peu de publications de la part de jeunes qui dénoncent nos plages envahies et vendues aux étrangers, la crise de l’emploi, la montée alarmante de la violence à Maurice, un système éducatif qui ne pourvoit pas aux besoins de tous les enfants et d’élus qui ajoutent eux-mêmes, sans arrêt, du charbon à la fournière de la corruption, la division et la politique populiste et démagogue…. Voilà tant de sujets qui méritent véritablement et plus que jamais toute notre attention…

Depuis cinquante ans à Maurice, rien n’a vraiment changé. Cette jeunesse mauricienne dont je fais partie n’a peut-être pas tort de se rebeller contre un personnage comme Trump. Mais il est peut-être temps que nous canalisions notre énergie, nos idées et notre pouvoir à changer les choses vers ce qui se passe chez nous, dans cette petite île 4 820 fois plus petite que les États-Unis, dans ce petit paradis que nous, jeunes, prétendons aimer tant.

Johanne Rannoojee

Pune, Inde


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